La confiscation de la critique, notamment littéraire, par
trois ou quatre journaux et magazines de la gauche intellectuelle donnant le la
à tous les autres, a produit les mêmes effets que le monopole du pouvoir politique
défendu babines retroussées sur les crocs, à coups de lois et découpages
électoraux, de promesses intenables, de désinformation et de toutes sortes de manœuvres
discriminatoires, par les farouches rentiers de situation qui se réclament de
la démocratie : pas plus qu'on ce croit aux discours des politiciens, plus
grand monde, désormais, parmi les amateurs de lecture n'attache d'importance à
ce qu'écrivent nos aristarques, se recopiant les uns les autres avant de se
saluer alternativement au bord de la soupière, comme les « oiseaux buveurs »
mus par les oscillations thermodynamiques du chlorure de méthylène.
Par chance, dans
ces temps cadenassés où la France officielle remplace le talent par
l'occupation du terrain, il y a comme toujours des trublions sans attaches, des
voyous touchés par la grâce, pour jeter
dans le marigot culturel quelques authentiques pavés, sans rapport avec ceux de
mai 68 stipendiés par des ambassades, ni avec les révoltes subventionnées, les
ruptures bidon, les innovations d'avant 14 dont se délectent jeunes cols blancs
et vieux bonnets rouges, tous membres
cooptés de l'académie de la pensée.
En ce moment précis,
il existe un journal tout à fait
épatant, comme on disait dans ma jeunesse, et qui m'inspire ces réflexions
périodiquement ranimées depuis un demi-siècle que j'observe les mœurs de ces
drôles de bêtes à plumes, à qui la tentation est forte d'attribuer des noms
d'oiseau. Ce journal s'intitule Service
littéraire. Il renoue avec la presse frondeuse, insolente et narquoise qui éclaira
et réchauffa un peu les années grises de notre entrée dans la carrière : Arts, La Parisienne, un peu plus tard Matulu…
Des écrivains qui ont quelque chose à écrire (cela arrive encore aujourd'hui) y
parlent un peu de tout et de tout un peu, y chantent leur petite chanson –
comme se plaisait à dire Jean Dutourd – sous la baguette magique de François
Cérésa. Celui-ci a même eu l'obligeance d'accueillir un de mes billets sur
l'actualité monétaire européiste, dans le droit fil de ce que nous sommes
quelques-uns à répéter sans relâche depuis le funeste traité de Maëstricht
(comme on avait toujours orthographié cette ville en français depuis
d'Artagnan). Censé être la traduction d'un morceau de dialogue de Platon, ce
billet met en scène un certain Trichas,
dont je crois utile de publier la photo (voir
ci-dessus). Si, à l'instar de mon vieil ami Socrate, vous le
rencontrez errant par les rues d'Athènes à la recherche de l'euro perdu, sachez
qu'il restera comme un des plus terrifiants agitateurs de l'Histoire, qui a
réussi là où Louis XIV, Napoléon, Hitler ont échoué : mettre l'Europe à
genoux.. Certes, il n'est pas le seul héros de cette triste aventure, mais on
voit bien que son nom, rien que son nom, le destinait à de grandes choses dans
le domaine de la finance. Sans doute n'a-t-il pas versé beaucoup de sang ;
c'est néanmoins, pour utiliser sa langue préférée, l'ennemi public number one. L'ennemi de l'intelligence
des faits.
Si le cœur vous en
dit, suivez mon conseil : achetez le dernier numéro de Service littéraire dans un kiosque ou en
ligne : www.servicelitteraire.fr
Pour 2 € 50, ses huit pages élégantes et
bien nourries devraient vous ravir.
Vous pouvez aussi
lire une version légèrement différente du Trichas
dans un autre blogue (ce n'est pas une blague) : http://carnetspolitiquesdepatricedumby.over-blog.fr/
Ci-dessus : Trichas à la recherche de l'euro perdu ; un critique littéraire du XXIe siècle. |